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Les anarchistes de l’île de Ré de Didier Jung

Par Thierry Guilabert

vendredi 31 mars 2017, par thierryg

Les anarchistes de l’île de Ré – Reclus, Barbotin, Perrier et Cie
Didier Jung
Editions Libertaires et Editions Le Croît-Vif – 18 euros

L’affaire n’est pas inconnue des lecteurs du Monde Libertaire, en décembre 2011, Christophe Bertaud avait signé un article sur : L’île aux anarchistes. Ars-en-Ré, fut durant une quinzaine d’année à la jointure des XIXème et XXème siècle, le lieu de rencontre de quelques célébrités, en premier lieu Elisée Reclus accompagné parfois de Pierre Kropotkine, du peintre William Barbotin, et de l’ancien communard Jules Perrier. Tout autour, un petit cercle d’auditeurs attentifs qui chaque été vint refaire le monde au café Forgues, futur café du Commerce.

On aimerait pouvoir entendre leurs conversations enflammées, les éclats de voix toujours plus vifs à mesure que l’alcool délie la gorge. Les Editions Libertaires coédite avec les Editions charentaises Le Croît-Vif, un livre consacré à cette aventure écrit par Didier Jung. Il s’agit davantage d’une galerie de portraits que de l’histoire de ces rencontres estivales dont le contenu à sombré dans l’oubli comme sombre dans l’oubli la plupart des conversations de comptoir. <exergue|texte=l'histoire de ces rencontres estivales dont le contenu à sombré dans l'oubli |position=right>

Après avoir brossé un tableau d’une île essentiellement rurale à la fin du dix-neuvième siècle, l’auteur nous invite à une petite histoire des anarchistes et en particulier de ce qu’on a nommé la terreur noire, la trop fameuse période des attentats qui culmina en 1894 par l’assassinat du président Sadi Carnot.

Suivent les portraits attachants de Reclus, Barbotin, Perrier personnalités plus ou moins libertaires, Perrier le rétais, communard devenu négociant, bourgeois aisé vivant dans le souvenir de la Semaine Sanglante. Barbotin, natif de l’île lui aussi, le peintre graveur très académique mais célèbre, qui épouse la fille adoptive du grand Reclus, celui qu’on ne présente plus, le géographe anarchiste. Sans oublier les autres, les moins connus, Lucien Massé, le jeune coiffeur mort à 26 ans en maudissant la société, ou le gardien de phare qu’on surnommait Trousse-Chemise en raison de ses frasques et qui donna son nom au petit bois chanté par Aznavour.

Plus passionnante, la fin du livre, se concentre sur la surveillance policière de ce monde bien inoffensif d’Ars-en-Ré. Les lois scélérates votés en 1893 et 1894 interdisait toute promotion des idées anarchistes en particulier par la presse, La Révolte et Le Père Peinard avaient cessé de paraître, diffuser ou seulement détenir des revues anarchistes c’était risquer la prison. Les rares abonnés charentais de cette littérature subversive étaient étroitement surveillés, à l’exception notable de Pierre Loti qui recevait les deux titres mais qui académicien bénéficiait d’une sorte d’immunité. Début 1994, 13 colis pesant plus de six cents kilos pour l’ensemble transitent vers l’habitation rétaise des Reclus, il s’agit de livres pour l’essentiel. Une grande peur s’empare des habitants d’Ars-en-Ré, et si c’était de la dynamite... Elie Reclus, le frère d’Elisée, a été brièvement arrêté, son fils Paul Reclus est en fuite soupçonné d’avoir fabriqué la bombe que l’anarchiste Vaillant a fait exploser à la chambre des députés. La rumeur enfle...

Un livre idéal et fort bien documenté.

Thierry Guilabert